L’écriture d’un journal intime, c’est comme une psychothérapie traditionnelle sur papier. Il est reconnu qu’en écrivant, on met sur le papier des choses que l’on n’aurait jamais osé prononcer. Le vieil adage «Les paroles s’envolent mais les écrits restent» trouve alors tout son sens. En écrivant, on donne une existence à ce que l’on pense. Une fois mis en mots, les souvenirs n’encombrent plus l’esprit. Les textes peuvent être relus à loisir, et constituent une balise dans notre existence, qui témoigne du moment où l’on s’est débarrassé d’un poids qui était alors bien réel.
Certaines personnes croient que lorsque l’on écrit, en imaginant que l’on sera publié, on est beaucoup moins authentique. C’est faux. En lui-même, l’acte d’écrire un journal trahit le besoin de livrer notre pensée et notre secret aux autres pour vraiment ne plus en éprouver de sentiments négatifs, ceux-là mêmes qui sont à l’origine du repli que l’on vit et duquel on tente de se libérer en écrivant. En clair, si nous écrivons, nous avons besoin que les autres nous lisent.
Un journal intime que l’on écrit pour le cacher aussitôt au fond d’un tiroir ne peut être libérateur car il est et demeure confidentiel… mais sans confident. Donc, son propos tourne en rond. Le regard d’autrui est essentiel pour parvenir à une vraie libération.
Ne confondez pas le journal intime et le blog, de plus en plus populaire sur le web. Si les blogs sont populaires, c’est parce qu’il est facile de s’y adonner et ce, sans s’investir. On peut écrire n’importe quoi, de façon totalement anonyme, et insérer dans nos propos toutes sortes d’inventions, de fantasmes ou de pseudo-vérités ayant pour but de se rendre intéressant. Le blog est anonyme, alors que le journal intime est confidentiel : la différence est fondamentale. La rédaction d’un journal n’est pas un acte facile, au contraire, car dès que l’auteur écrit le premier mot, il entame un processus de libération, et non de socialisation comme pour le blog.



